Un pèlerinage pour retracer les pas de mes ancêtres.
Je retrace d'anciennes routes commerciales et nomades à travers le désert, en marchant sur les pas de mes ancêtres amazighs. Pour moi, cette marche de 2 500 km est à la fois un défi physique, un retour spirituel et une réappropriation de mon identité, après des années à avoir renié mes racines dans un monde marqué par le racisme.
Ayant grandi franco-tunisienne en Tunisie, Algérie et France, j'ai souvent caché ma tunisianité, cette ascendance qui aujourd'hui me donne ma force. Cette marche est ma façon d'honorer mon héritage et de me reconnecter aux femmes d'Afrique du Nord qui portent des reines guerrières dans leur sang.
Le Projet Sahara est aussi une prise de position politique. La Tunisie ne reconnaît toujours pas les Amazighs dans sa constitution. Ce voyage est ma manière d'affirmer que l'identité, la culture et la sagesse des premiers peuples comptent, et doivent être protégées. Et que de les reconnaître ne nuit pas mais au contraire, a le potentiel de renforcer la cohésion d'une nation.
« Ce n'est pas qu'une expédition. C'est la preuve que la methode fonctionne. »
J'ai grandi entre la Tunisie, la France et l'Algérie. Pendant des années, j'ai renié mes racines tunisiennes pour survivre au racisme, enfant. Au fil de ma guérison et de la réappropriation de ma tunisianité, j'ai compris à quel point la Tunisie elle-même renie ses origines amazighes, par l'effacement culturel et le racisme. Aujourd'hui, je reviens marcher sur les routes caravanières de mes ancêtres, en tant que femme, en tant que Tunisienne, en tant que moi-même ; inspirée par les femmes de la lignée de ma mère et par la reine guerrière Dihya.
Le Projet Sahara est la mise en pratique ultime de tout ce que j'enseigne : réguler mon système nerveux dans des conditions extrêmes, faire confiance à mon corps et marcher sur les pas des femmes qui m'ont précédée. Ce projet existe grâce au travail intérieur. Des années de cheminement émotionnel m'ont menée à me réapproprier une identité que l'on ne nommait pas dans ma famille : mon héritage amazigh. Cette réappropriation est devenue le Projet Sahara.
Une exploration vivante
Le Projet Sahara est une expédition de recherche et de récit qui retrace d'anciennes routes commerciales et nomades à travers le désert du Sahara, une terre partagée depuis des siècles par les peuples amazigh et bédouin. Pour moi, c'est aussi un retour vers ma propre lignée amazighe. C'est en partie de la recherche de terrain, en partie une reconnexion, et en partie une réflexion sur ce que les sociétés modernes peuvent réapprendre des peuples du désert : vivre, s'adapter et appartenir.
La question au cœur du projet est simple : comment ces peuples ont-ils entretenu la résilience, l'interdépendance et le sens dans l'un des environnements les plus hostiles de la planète, et que cela nous enseigne-t-il aujourd'hui.
L'expédition nourrit un ensemble d'œuvres plutôt que de s'arrêter au voyage lui-même. Sa réalisation phare est une conférence qui porte les leçons du désert sur les scènes, dans les congrès et les organisations : la résilience comme relation, non comme performance.
À ses côtés : un article de recherche développé avec des partenaires universitaires, et une trace visuelle, destinée à inclure un film documentaire et de la photographie. Le tout repose sur une archive protégée d'enregistrements, d'entretiens et de documentation recueillis en chemin.
L'itinéraire de 2 500 km suit d'anciennes routes commerciales. Je serai guidée par un chamelier et guide amazigh.
Cette carte est une estimation et évoluera à mesure que j'affinerai ma connaissance du terrain. L'itinéraire est choisi avec soin sous la conduite experte de Régis Belleville, le plus éminent explorateur du Sahara de notre époque.
Le tracé précis restera caché du public pour des raisons de sécurité.
Dans la culture amazighe, les femmes étaient guerrières, cheffes et gardiennes de la sagesse. La culture est matriarcale et se transmet de mère en fille.
Une grande partie de ce savoir disparaît. Effacé par la colonisation et largement non consigné par une anthropologie dominée par les hommes. En marge de ce pèlerinage, je commencerai le travail de longue haleine de conservation des savoirs des femmes. Trop souvent négligés ou effacés, afin que ces fils de résilience restent vivants pour les générations futures.
Le désert lui-même est une archive vivante de savoirs anciens : pratiques de soin, sagesse écologique et traditions orales. Une grande part en a été négligée ou réduite au silence par la colonisation, l'effacement systémique des cultures des premiers peuples et une anthropologie dominée par les hommes. Dans ma propre enfance, les traditions amazighes survivaient dissimulées au sein des coutumes familiales: cachées ou dépouillées de leurs origines.
Phase un, exploration et relations. Revenir dans la région pour bâtir la confiance avec les organisations communautaires, trouver des guides locaux et travailler à leurs côtés, et définir comment le savoir sera partagé, crédité et protégé.
Phase deux, l'expédition documentée. Menée avec des guides locaux dont le temps et les chameaux sont rémunérés à un tarif juste, produisant la conférence, l'article et la trace visuelle.
Phase trois, transmission. Garantir aux communautés un accès durable à l'archive, s'associer à des organisations locales pour la conserver et la partager, et soutenir la transmission de ce savoir.
Il s'agit d'une garde partagée, non d'une extraction. Chaque personne qui partage son savoir le fait avec son consentement et est créditée si elle le souhaite. Plutôt que d'emporter ce que je recueille, je garderai les enregistrements et la documentation accessibles aux communautés et à leurs descendants, à perpétuité, en m'associant à des organisations locales chargées de les conserver et de les partager. Les guides locaux sont rémunérés équitablement pour leur expertise.
Je mettrai en place un dispositif formel de partage des bénéfices une fois qu'un partenaire local de confiance sera identifié, plutôt que de le promettre avant de pouvoir l'honorer. Et je vais à la rencontre du désert lui-même avec soin, à travers une expédition à faible empreinte.
À mesure que la crise climatique s'aggrave et que l'homogénéisation des culture avance, des cultures comme celle des Amazighs risquent l'effacement : disparition des écosystèmes, déni systémique des gouvernements et mise sous silence des identités des premiers peuples.
Ce n'est pas seulement une perte culturelle. Elle reflète l'effondrement plus vaste et les déplacements de populations que nous connaissons à l'échelle mondiale. En réappropriant nos identités et sagesse ancestrales, nous restaurons notre sens d'appartenance à la terre, à nos ancêtres et nous dévelopons de la résilience pour l'avenir.
À mesure que le changement climatique et l'homogénéisation culturelle s'accélèrent, cette sagesse risque de disparaître à jamais. Le Projet Sahara est une réappropriation des racines, de la terre et de la mémoire. C'est à la fois un pèlerinage profondément personnel et un rappel collectif : nos ancêtres nous ont laissé les outils pour affronter les crisent qui nous font face avec courage, capacité d'adaptation et appartenance.
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